kiseru: la pipe traditionnelle japonaise

Ceux qui connaissent un peu la culture pop, ciné ou manga japonaise ont probablement déjà aperçu la pipe traditionnelle japonaise, ou kiseru, généralement conçue de deux pièces de métal et d’un corps de bambou.

L’image et citation les plus célèbres sont certainement celles de Kiyoha, interprétée par Anna Tsuchiya dans le film Sakuran (adapté du manga éponyme de Moyocco Anno):

“Ces longues pipes sont vraiment très pratiques… On peut fumer couchée sans mettre de la cendre partout.”

Les Portugais introduisent le tabac sur l’archipel vers la moitié du XVIème siècle, mais ce n’est qu’à la fin de ce siècle que les Japonais l’adoptent et le fument avec le kiseru durant les trois siècles à venir. À la Restauration de Meiji, les cigarettes deviennent plus populaires.

L’âge d’or des kiseru fut certainement celle d’Edo où le tabac s’était bien implanté malgré les premières interdictions finalement levées suite à sa popularité, notamment dans la haute société, devenant ainsi une consommation de luxe.

Dans la suite logique japonaise, la “cérémonie du tabac” voit même le jour: le tabako-dō (煙草道) ou la voie du tabac, avec des règles bien établies: on prépare le tabako-bon lorsque l’on reçoit (le nécessaire à kiseru), si on est invité, on se doit d’attendre son hôte pour commencer à fumer.À son arrivée, celui-ci propose à son invité de débuter, commence alors un échange de “- Après vous. – Non après vous, j’insiste…”

Finalement, après cet échange « musclé », il est d’usage que le maître des lieux fume en premier après avoir tendu un kiseru soigneusement essuyé à son invité, qui ne manque pas d’éloges sur le tabac qui lui a été offert.

Les Japonais fument aussi en dehors de chez eux, ils emmènent leur kiseru partout dans un tabako-ire en le portant à leur ceinture de kimono (obi). Cette habitude était surtout prisée par les jeunes qui voulaient montrer au monde leur passage à l’âge adulte.

Vers la fin de cette époque (milieu XIXème siècle), les cigarettes occidentales deviennent de plus en plus populaires. Cependant, on dit que les plus belles inscriptions sur les kiseru débutent à cette période.

En effet, les forgerons, ayant très peu de travail avec la période Meiji où l’interdiction de porter une épée est instaurée et où l’occidentalisation s’installe petit à petit, se vouent donc à l’élaboration de gravures sur des objets métalliques de qualité notamment les kiseru, développant ainsi un nouveau marché et une nouvelle tendance.

Fait insolite: depuis 1954 il existe un festival du kiseru, Kiseru Matsuri, où une reproduction de la pipe traditionnelle d’une taille de 2,6 mètres de long et pesant 60 kg est transportée par des hommes en montagne, accompagné de chants et rituels shintō.

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Pourquoi un article sur le kiseru?

Et bien je m’en suis récemment procurée deux, de tailles différentes. Le premier, que je prise particulièrement, est le kiseru de 30 cm, en cuivre et bambou laqué de couleur vermillon nommée Oiran-giseru, en hommage aux oiran, courtisanes de luxe, qui fumaient le tabac avec ce modèle. Le deuxième, plus commun, est en nickel et bambou de 20 cm.

Ils ont été réalisés par Iizuka Noboru, l’un des derniers et plus anciens artisans japonais fabricant des kiseru. Son art lui fut enseigné par son père, également fabricant, dès 1950. Jetez un coup d’oeil au travail minutieux d’un artisan dans la  vidéo ci-dessous (en deux parties).

J’ai commandé mes kiseru en ligne, auprès d’un marchand japonais ne proposant que des kiseru fabriqués par des artisans: kiseru-pipe.com

Côté tabac, le kizami tabako est particulier pour les kiseru. Les feuilles de tabac, préparées traditionnellement sans additifs, sont très finement hachées pour atteindre une épaisseur quasi-capillaire, ce qui convient parfaitement aux petits bols (hizara) des kiseru. Il n’existe plus que deux marques de tabac kizami disponibles au Japon: Koiki (小粋), plus prisée car c’est une production à 100% japonaise, et Takarabune (宝船) produite en Belgique et hachée moins finement.

Pour la prise en main traditionnelle des kiseru, il n’existe pas de règles particulières; cependant les plus répandues sont attribuées à différentes catégories d’individus (et reprises par les acteurs de kabuki pour souligner le rôle qu’ils jouent):

  1. les citadins ou chōnin (町人)
  2. les tenanciers ou bakuto (博徒)
  3. les samouraïs ou bushi (武士)
  4. les paysans ou nōmin (農民).

Récemment, les Japonais renouent peu à peu avec le kiseru, fort heureusement, cela est sûrement dû à la présence de la pipe traditionnelle dans la culture populaire du manga, de l’animation, du cinéma…

Quelques célèbres personnages fumeurs de kiseru:

  • Kiyoha, Sakuran (Moyocco Anno)
  • Yūko Ichihara, xxxHolic (CLAMP)
  • Ayaka Shindou, Kyoukai no Kanata (animation adaptée du roman de Nagomu Torii)

Quelques illustrations avec un kiseru, dont une du fameux manga Kaichou wa Maid-Sama.

Si vous souhaitez en découvrir plus sur l’univers des kiseru, je vous invite à naviguer sur le site de Kiseru-Pipe, très complet sur le sujet.

***

Source principale d’informations: kiseru-pipe.com

Old photos of Japan: 1, 2, 3, 4

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Cette entrée a été publiée le août 8, 2014 à 18:16. Elle est classée dans japon traditionnel, manga | japanime et taguée , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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